Le stade Loujniki de Moscou quelques instants avant le coup d'envoi de la finale de la Coupe du monde 2018 entre la France et la Croatie.

France-Croatie : aux portes de l’histoire, la France retient son souffle

En ce dimanche 15 juillet 2018, le temps semble s’être arrêté dans les rues de l’Hexagone. Des métropoles aux villages les plus modestes, une même tension diffuse s’est emparée des esprits. Vingt ans après le couronnement de la bande à Aimé Jacquet, la France du football se tient de nouveau sur le seuil d’un rêve : décrocher une deuxième étoile sur son maillot tricolore. Face à elle, au cœur du stade Loujniki de Moscou, se dresse l’inattendue et admirable Croatie, portée par un collectif d’une bravoure exceptionnelle. Si l’optimisme prédomine largement dans les sondages d’opinion, l’heure est au recueillement stratégique, à l’appréhension salutaire et à l’impatience partagée par des dizaines de millions de supporters.

L’ombre de 2016 et la rigueur de Didier Deschamps

Pour comprendre l’état d’esprit qui anime le camp tricolore à l’orée de cette finale, il faut remonter deux ans en arrière, lors d’une chaude soirée de juillet 2016 au Stade de France. La défaite concédée en prolongation face au Portugal lors de la finale de l’Euro avait laissé une blessure béante au sein du groupe et du public. Loin d’avoir été balayée, cette cicatrice a servi de boussole tout au long de l’épopée russe. Les cadres de l’équipe, de Hugo Lloris à Antoine Griezmann en passant par Blaise Matuidi, abordent ce nouveau rendez-vous avec une humilité farouche et le refus catégorique de tout triomphalisme prématuré.

Didier Deschamps, souvent critiqué pour son pragmatisme rigoureux, a bâti un collectif imperméable aux doutes extérieurs. Capitaine victorieux en 1998, le technicien tricolore sait parfaitement que les finales ne se jouent pas sur l’esthétique pure, mais sur la maîtrise émotionnelle, l’efficacité dans les zones de vérité et une discipline de fer sans ballon. En cas de succès face aux Croates, Deschamps rejoindrait le cercle rarissime des hommes ayant soulevé le trophée à la fois comme joueur et comme sélectionneur, aux côtés du géant allemand Franz Beckenbauer et du Brésilien Mario Zagallo. Une perspective qui n’altère en rien son mot d’ordre immuable : sérénité, concentration et solidarité absolue.

Une montée en puissance marquée par le panache

Le chemin qui a conduit les Bleus jusqu’à Moscou témoigne d’une montée en puissance progressive et maîtrisée. Après un premier tour laborieux, marqué par un football laborieux contre l’Australie, le Pérou et le Danemark, le déclic s’est opéré lors d’un huitième de finale dantesque face à l’Argentine. Cette rencontre folle a révélé aux yeux de la planète la vitesse sidérante de Kylian Mbappé ainsi que la détermination d’une équipe capable de renverser des montagnes. Ce jour-là, la splendide demi-volée de Benjamin Pavard est venue marquer les mémoires, un geste d’anthologie récompensé plus tard puisque Pavard a été lauréat du plus beau but selon la FIFA pour ce Mondial russe.

Après cette victoire spectaculaire des Bleus face à l’Argentine propulsant la France en quarts, la sélection a su faire preuve d’un réalisme froid et impitoyable face à l’Uruguay puis contre la redoutable génération dorée belge. Dans l’entrejeu, le rayonnement infatigable de N’Golo Kanté et la maturité tactique de Paul Pogba ont permis de neutraliser les plus fines lames du football mondial, tandis que la charnière centrale Raphaël Varane – Samuel Umtiti a érigé un véritable mur infranchissable devant les cages de Lloris.

L’adversaire croate : le courage d’un peuple de compétiteurs

Toutefois, la marche finale s’annonce périlleuse face à un adversaire dont le parcours suscite une admiration universelle. Forte de seulement quatre millions d’habitants, la Croatie dispute la toute première finale de Coupe du monde de son histoire. Pour y parvenir, les hommes de Zlatko Dalic ont accompli un exploit physique et mental sans précédent, en disputant trois prolongations consécutives contre le Danemark, la Russie et l’Angleterre. Chaque fois menés ou mis en ballotage, ils ont trouvé au plus profond de leurs ressources une énergie insoupçonnée.

Le danger pour les Bleus porte un nom bien identifié : la domination technique de l’entrejeu croate. Avec le maestro Luka Modric, métronome du Real Madrid et sérieux prétendant aux plus hautes distinctions individuelles, secondé par Ivan Rakitic du FC Barcelone, la Croatie possède sans doute la paire de relayeurs la plus élégante et clairvoyante du tournoi. Soutenus par la hargne de Mario Mandzukic en pointe et les débordements vifs d’Ivan Perisic, les « Vatreni » ne partent pas battus d’avance. Leur résilience psychologique constitue une arme majeure capable de faire déjouer les plans tricolores les plus minutieux.

La ferveur populaire : la France en communion

Au-delà de la confrontation tactique sur la pelouse moscovite, cette finale dépasse largement le cadre strictement sportif pour devenir un phénomène sociologique d’envergure. Dans toutes les villes françaises, des écrans géants ont été dressés sur les places publiques, les terrasses sont prises d’assaut depuis les premières heures de la matinée et les drapeaux tricolores fleurissent aux balcons. Les études d’opinion confirment cet élan : plus d’un Français sur deux estime que l’épopée des Bleus a eu un impact positif tangible sur son moral quotidien.

« C’est à cette nouvelle génération d’écrire sa propre histoire. À eux de rendre la France très fière. »

Cette déclaration de Robert Pires résume parfaitement la tonalité du passage de témoin. Vingt ans après l’euphorie de l’été 1998, qui avait vu émerger le mythe d’une France unie autour de ses champions, une nouvelle jeunesse s’approprie le récit national. De Bondy, berceau de Mbappé, aux quais de Seine déjà bondés, l’impatience se mêle à une immense espérance collective. Tous espèrent voir le pays basculer dans la liesse populaire dès le coup de sifflet final.

L’heure du verdict

Les compositions d’équipe sont prêtes, les causeries du vestiaire touchent à leur terme et les hymnes s’apprêtent à retentir dans l’arène moscovite. Pour les vingt-trois joueurs tricolores, il ne s’agit plus seulement de disputer quatre-vingt-dix minutes de football, mais de sceller leur destin et d’offrir au pays une page de gloire indélébile. Si le résultat final reste à écrire sur le rectangle vert, tout un peuple attend de savoir si la France sera championne du monde 2018 au terme de ce duel haletant. Les yeux braqués vers Moscou, la France retient son souffle, prête à célébrer ses nouveaux héros.

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