Célébration des joueurs russes après un but lors du match d'ouverture du Mondial 2018 au stade Loujniki.

Mondial 2018 : le réveil éclatant de la Russie face à l’Arabie saoudite

Le 14 juin 2018, une chape de plomb pesait sur les épaules de la sélection russe au moment d’aborder la rencontre inaugurale de sa propre Coupe du monde. Classée au soixante-dixième rang mondial par la FIFA, la Sbornaïa n’avait plus remporté la moindre confrontation officielle depuis plus de sept mois. Pour le public moscovite et la presse locale, la crainte de voir le pays organisateur quitter prématurément le tournoi dès la phase de groupes tournait à l’angoisse existentielle. Pourtant, en l’espace de quatre-vingt-dix minutes, la fébrilité s’est muée en une ferveur populaire inouïe : un triomphe sans appel cinq buts à zéro contre l’Arabie saoudite qui a immédiatement dissipé les spectres du fiasco.

Une atmosphère électrique au stade Loujniki

Au cœur de la gigantesque enceinte moscovite, devant plus de 78 000 spectateurs et une cohorte de dignitaires internationaux, le tournoi s’est ouvert sur une cérémonie haute en couleur, rythmée par les refrains pop de Robbie Williams. Mais dès le coup d’envoi donné par l’arbitre argentin Néstor Pitana, les considérations de spectacle ont laissé place à la froide réalité du terrain. Les observateurs attendaient de voir comment la formation de Stanislav Cherchesov allait gérer la pression monumentale inhérente au rôle d’hôte dans ce qui constituait l’un des plus attendus parmi les événements sportifs majeurs à venir en 2018.

Le sélectionneur russe, souvent brocardé pour ses choix tactiques prudents et son tempérament austère, jouait gros. Une contre-performance face aux « Faucons Verts » aurait scellé son destin médiatique. Dès les premiers contacts, l’engagement physique des Russes a bousculé des Saoudiens manifestement intimidés par l’enjeu, incapables de poser leur habituel jeu de passes courtes.

Le tournant du match : l’avènement inattendu de Denis Cheryshev

La délivrance n’a pas tardé. À la douzième minute de jeu, sur un corner repoussé et retravaillé par Aleksandr Golovin, le milieu défensif Youri Gazinsky a placé une tête décroisée impeccable pour ouvrir le score. L’explosion de joie dans les travées de Loujniki a fait vibrer les fondations du stade, mais un coup du sort est venu assombrir cette euphorie initiale : la blessure musculaire du meneur Alan Dzagoev à la vingt-quatrième minute.

Ce coup dur s’est finalement mué en bénédiction tactique. Remplaçant numérique de Dzagoev, Denis Cheryshev a fait son entrée sur la pelouse. Formé en Espagne et passé par la Liga à une époque où Zinédine Zidane quitte le Real Madrid au sommet de sa gloire européenne, l’ailier de Villarreal a apporté une verticalité dévastatrice. Juste avant la mi-temps, à la suite d’une transition rapide, Cheryshev a éliminé deux défenseurs d’un subtil coup de patte avant d’expédier une frappe lourde sous la barre transversale. Un chef-d’œuvre de sang-froid et de technique pure qui portait le score à deux à zéro.

Un festival offensif pour chasser les doutes

En seconde période, loin de reculer pour préserver cet avantage, la Russie a profité des largesses défensives de l’Arabie saoudite. Le coaching de Cherchesov a frôlé la perfection lorsque le colosse Artem Dzyuba, entré en jeu en pointe à la place de Fedor Smolov, a inscrit le troisième but de la tête sur son tout premier ballon, à peine une minute après avoir foulé la pelouse.

Les arrêts de jeu ont ensuite pris l’allure d’une démonstration mémorable :

  • 91e minute : Cheryshev s’est offert un doublé splendide grâce à un extérieur du pied gauche brossé avec une précision chirurgicale dans le petit filet opposé.
  • 94e minute : Aleksandr Golovin a parachevé le festival d’un coup franc direct limpide, contournant le mur adverse pour tromper Abdullah Al-Mayouf.

Ce festival offensif n’était pas seulement la plus large victoire inaugurale d’un pays hôte depuis l’Italie en 1934 ; il a également révélé au monde entier le talent brut d’Aleksandr Golovin. Le jeune stratège du CSKA Moscou, impliqué sur quatre des cinq buts de son équipe, a prouvé qu’il avait l’envergure nécessaire pour guider le jeu offensif russe face à des adversaires d’un tout autre calibre.

Le début d’une épopée collective

Cette entame rêvée a transformé le climat entourant la sélection nationale. D’une équipe promise aux quolibets, la Russie est devenue en l’espace d’un après-midi une mécanique solidaire, galvanisée par la ferveur de tout un peuple. Bien sûr, la faiblesse structurelle de l’Arabie saoudite invitait à la prudence, mais la dynamique de confiance était désormais enclenchée.

La suite de la compétition confirmera cette métamorphose inattendue : la formation de Cherchesov éliminera l’Espagne en huitièmes de finale au terme d’une séance de tirs au but héroïque, avant de s’incliner avec les honneurs face à la Croatie en quarts. Alors que ce tournoi s’est achevé quelques semaines plus tard avec les célébrations où la France remporte la Coupe du Monde 2018 sur cette même pelouse de Loujniki, l’après-midi du 14 juin restera gravé dans les mémoires moscovites comme l’instant magique où le doute a cédé la place à la fierté sportive.

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