Le football moderne nous a habitués aux départs précipités, aux licenciements amers et aux fins de cycle douloureuses. Pourtant, le 31 mai 2018, c’est un tout autre scénario qui s’est joué dans la salle de presse de la cité sportive de Valdebebas. Moins d’une semaine après avoir terrassé Liverpool à Kiev (3-1) et inscrit son nom dans la légende en décrochant une troisième Ligue des champions consécutive, Zinédine Zidane annonçait sa décision de quitter son poste d’entraîneur du Real Madrid. Une déflagration totale pour le monde du sport, survenue au zénith absolu d’une aventure hors norme.
Une décision mûrement réfléchie face à un Florentino Pérez stupéfait
Assis aux côtés d’un Florentino Pérez visiblement marqué et désemparé, le technicien tricolore a expliqué son choix avec un calme et une lucidité désarmants. Loin des querelles d’ego ou des revendications salariales, Zidane a justifié son retrait par une nécessité tactique et humaine : celle d’offrir un nouvel élan à une équipe qui avait tout gagné sous ses ordres. Pour le champion du monde 1998, prolonger l’aventure risquait d’éroder le message et de plonger le groupe dans une stagnation fatale.
« Je pense que cette équipe a besoin de continuer à gagner et qu’elle a besoin d’un changement. Après trois ans, elle a besoin d’un autre discours, d’une autre méthodologie de travail. »
Cette franchise brute, rare dans les hautes sphères managériales, a laissé le président madrilène sans voix. Pérez n’a pu que s’incliner face à la volonté d’un homme qui aura toujours privilégié l’intérêt supérieur de l’institution à son confort personnel.
Deux ans et demi d’une domination européenne sans précédent
Nommé en janvier 2016 pour succéder à Rafael Benítez dans un climat d’extrême scepticisme, le Français aura défié tous les pronostics. En l’espace de 878 jours, il a amassé un palmarès vertigineux de neuf trophées majeurs : trois Ligues des champions, une Liga, deux Supercoupes de l’UEFA, deux Coupes du monde des clubs et une Supercoupe d’Espagne. Aucun entraîneur dans l’histoire moderne de la prestigieuse compétition européenne n’avait réussi la passe de trois consécutivement.
Son secret ? Une gestion des hommes exemplaire, une science du turn-over et une capacité à sublimer ses cadres lors des grands rendez-vous. Zidane a notamment su protéger et valoriser ses joueurs dans les périodes de tempête, à l’image de son compatriote Karim Benzema, dont la situation sportive et extra-sportive en club contrastait avec ses déboires en sélection, alors que Benzema : « On ne peut pas revenir en arrière », estimait Le Graët à cette même période.
L’ouverture d’une période de turbulences pour la Maison Blanche
Ce départ inopiné a immédiatement jeté une ombre d’incertitude sur l’avenir de l’effectif madrilène. Dès le soir de la finale ukrainienne, Cristiano Ronaldo avait lui-même laissé filtrer des envies de départ, alimentant les spéculations des médias où AS faisait sa Une sur un intérêt du PSG pour Cristiano Ronaldo avant son transfert historique vers la Juventus Turin quelques semaines plus tard.
En partant au sommet, Zidane a prouvé sa maîtrise absolue du temps et du récit sportif. Les mois suivants donneront d’ailleurs raison à son intuition : orphelin de son guide et de sa star portugaise, le club espagnol connaîtra une saison 2018-2019 chaotique sous les ordres successifs de Julen Lopetegui puis de Santiago Solari, incitant finalement Florentino Pérez à rappeler le sauveur français à la rescousse dès le mois de mars 2019.




