L’été 2018 restera sans doute comme l’une des périodes les plus exaltantes du sport tricolore. Tandis que les amateurs de ballon rond célébraient l’épopée russe des footballeurs, marquée notamment par la victoire spectaculaire des Bleus face à l’Argentine et le coup d’éclat immortalisé lorsque Benjamin Pavard fut désigné comme le lauréat du plus beau but du tournoi, une autre équipe de France écrivait sa propre légende à l’autre bout de la planète. À Wuxi, en Chine, les sabreuses françaises ont fait retentir La Marseillaise au terme d’un parcours exceptionnel.
Un défi colossal face à l’armada russe
Le sabre est une arme d’instinct, de vivacité fulgurante et de précision chirurgicale. Lors de cette finale des Championnats du monde 2018, l’adversaire dressé sur la route des Françaises ressemblait pourtant à une forteresse imprenable. L’équipe russe se présentait sur la piste avec un statut d’ultra-favorite : ses tireuses venaient tout simplement de truster l’intégralité du podium individuel quelques jours plus tôt. Entre la jeune prodige Sofia Pozdniakova, la double médaillée d’or olympique Yana Egorian et la légende Sofya Velikaya, le défi semblait presque insurmontable.
Mais l’escrime reste avant tout une affaire de mental et de cohésion de groupe. Forte de deux médailles de bronze décrochées lors des éditions précédentes en 2016 et 2017, la délégation tricolore refusait de se contenter d’un nouveau rôle d’outsider méritant. Portées par une envie commune de gravir la plus haute marche, les Bleues ont abordé ce duel avec une sérénité désarmante.
La démonstration de force d’un collectif uni
Sur la piste chinoise, le trio emmené par Cécilia Berder, Manon Brunet et la jeune Caroline Queroli — sans oublier Charlotte Lembach, cadre indispensable du collectif — a délivré une partition sans fausse note. Dès les premiers relais, les Françaises ont imposé leur rythme et leur agressivité tactique, étouffant les velléités russes.
La capitaine Cécilia Berder a joué un rôle moteur déterminant. Dans un moment clé de la rencontre, elle a infligé un cinglant 5-1 puis un net 5-0 à ses rivales, creusant un gouffre de plus de dix touches au tableau d’affichage. Manon Brunet, faisant preuve d’une maturité impressionnante pour ses 22 ans, a su maintenir la pression, tandis que Caroline Queroli a conclu ses passages avec le culot de sa jeunesse. Au terme des neuf relais réglementaires, le verdict était sans appel : une victoire nette 45 à 35, célébrée dans une effusion de joie communicative.
Une consécration historique pour le sabre tricolore
Ce succès à Wuxi revêtait une portée hautement symbolique. Douze ans après le sacre mondial de 2006 à Turin, l’équipe de France féminine de sabre retrouvait enfin le sommet de sa discipline, s’adjugeant le troisième titre mondial de son histoire. Cet accomplissement a également posé les fondations solides d’une génération dorée, confirmée plus tard par les podiums olympiques de Tokyo.
Tout comme les exploits des sports collectifs capables de captiver les foules — on se souvient que la meilleure audience sportive en 2017 avait été signée par les handballeurs —, cette victoire a rappelé la beauté des sports d’équipe où l’abnégation individuelle s’efface au service d’un destin partagé. Les sabreuses françaises ont prouvé que la solidarité et la confiance mutuelle pouvaient faire plier les plus redoutables individualités du circuit international.




