Quelques jours seulement après l’euphorie collective suscitée par le sacre du football tricolore en Russie, où la France remporte la Coupe du Monde 2018, les passionnés de sport tournent leur regard vers l’Orient. Inscrite en bonne place parmi les rendez-vous majeurs répertoriés dans notre tour d’horizon pour savoir quels seront les événements sportifs majeurs à venir en 2018, l’édition des Championnats du monde d’escrime organisée à Wuxi, en Chine, sonne l’heure de vérité pour les tireurs hexagonaux. Sport pourvoyeur par excellence de breloques olympiques pour la France, l’escrime aborde cette grand-messe mondiale avec un savant mélange de certitudes tactiques et de promesses stimulantes.
L’épée masculine : l’héritage d’une arme reine
Dans le panthéon des disciplines sportives françaises, l’épée masculine occupe un statut à part. Responsable de la majorité des triomphes olympiques récents de la fédération, cette arme conjugue tradition martiale, finesse stratégique et résilience collective. Pourtant, le début de cette olympiade menant à Tokyo 2020 soulevait de réelles interrogations : comment négocier le départ à la retraite de figures tutélaires comme Gauthier Grumier et Jean-Michel Lucenay, conjugué au passage de témoin sur le banc entre Hugues Obry et le nouvel entraîneur Sébastien Barrois ?
La réponse apportée sur les pistes européennes quelques semaines auparavant a dissipé les doutes. Yannick Borel s’est imposé comme le patron incontesté de l’escouade. Couronné champion d’Europe pour la troisième fois d’affilée en individuel, le Guadeloupéen allie envergure physique impressionnante et lecture chirurgicale du jeu adverse. Malgré une douleur au poignet qui le contraindra à passer par la case chirurgie à l’issue de l’été, son tempérament de gagneur le place parmi les favoris légitimes pour l’or mondial individuel. À ses côtés, Daniel Jérent, Ronan Gustin et Alex Fava forment un bloc homogène, réputé pour sa capacité à renverser les assauts les plus crispants lors des épreuves collectives.
Le sabre dames : une densité collective sans équivalent
Si l’épée masculine rassure par son histoire, c’est bien le sabre féminin qui suscite les espoirs les plus étincelants en matière de dynamique d’ensemble. Jamais une équipe de France féminine n’avait affiché une telle densité au plus haut niveau international. Conduite par l’expérimentée Cécilia Berder, médaillée d’argent continentale et leader vocal du groupe, cette formation aborde l’échéance chinoise avec une faim insatiable.
La force de cette équipe réside dans la multiplication de ses fers de lance :
- Manon Brunet, qui avait effleuré le podium olympique à Rio à seulement vingt ans, a confirmé son ascension irrésistible en s’imposant lors de la dernière manche de Coupe du monde à Tunis.
- Charlotte Lembach, capable d’enchaînements d’une rare intensité offensive sur les bandes.
- Caroline Queroli, benjamine du groupe et talent brut, prête à dynamiter les tableaux finaux.
Inamovibles sur les podiums tout au long de l’année et finalistes valeureuses face aux redoutables escrimeuses russes lors de l’Euro, les sabreuses peuvent viser le plus beau des métaux, une dynamique qui mènera d’ailleurs à l’apothéose lorsque les sabreuses françaises sacrées championnes du monde concrétiseront ce formidable potentiel.
Le fleuret : précision millimétrée et quête de régularité
Discipline d’esthètes exigeant des réflexes foudroyants et une convention d’assaut rigoureuse, le fleuret présente deux visages tricolores résolus à briller. Chez les hommes, l’amalgame fonctionne entre l’expérience d’Erwann Le Pechoux et la fougue créative d’Enzo Lefort, épaulés par Jérémy Cadot et Maxime Pauty. Après quelques hésitations en cours d’hiver, la médaille glanée aux Championnats d’Europe de Novi Sad a remis la machine en ordre de marche.
Du côté féminin, les projecteurs se braquent inévitablement sur Ysaora Thibus. Après ses podiums mondiaux et européens acquis en 2017, la fleurettiste guadeloupéenne a fait le choix audacieux de s’expatrier aux États-Unis pour faire évoluer son escrime vers un rythme plus athlétique et direct. Entourée d’Astrid Guyart, de Pauline Ranvier et d’Anita Blaze, elle dispose d’une solide émulation collective pour franchir le palier décisif sur la scène internationale.
Épée dames et sabre messieurs : chantiers prometteurs et défis d’orgueil
Dans les deux autres armes, les ambitions reposent sur des trajectoires différentes. L’épée dames poursuit avec méthode une reconstruction patiente amorcée après les adieux de monuments tels que Laura Flessel ou Maureen Nisima. Avec Lauren Rembi, Auriane Mallo, Laurence Épée et Marie-Florence Candassamy, les Françaises viennent de s’offrir un retentissant doublé continental par équipes. L’enjeu à Wuxi consistera à transposer cette solidarité exemplaire face aux écoles asiatiques et est-européennes, traditionnellement dominatrices.
Pour le sabre masculin, l’objectif s’apparente à une reconquête. Éloignée des podiums mondiaux collectifs depuis plusieurs saisons, la troupe emmenée par Vincent Anstett – médaillé de bronze mondial sortant et solidement installé dans le top 10 planétaire – sait que le tableau individuel peut servir de tremplin. Avec l’appui de Bolade Apithy, les sabreurs tricolores ont l’occasion idéale de rappeler que l’agressivité maîtrisée et la justesse technique demeurent dans leur ADN.
Sur la piste, le talent brut ne suffit pas : la victoire dans un grand championnat tient à cette fraction de seconde où la lucidité tactique prend le pas sur la tension nerveuse.
À deux ans de l’échéance olympique de Tokyo, ces championnats du monde ne constituent pas une simple répétition générale. Ils attribuent des points déterminants dans la hiérarchie mondiale et forgent la confiance des leaders. Armés de rigueur et portés par une vague bleue particulièrement inspirante, les escrimeurs français ont toutes les cartes en main pour marquer de leur empreinte les pistes de Wuxi.




