Le 16 juillet 2018 au petit matin, la capitale française se réveillait avec des étoiles plein les yeux et la voix un peu éraillée. La veille, au stade Loujniki de Moscou, l’équipe de France de football décrochait la deuxième Coupe du monde de son histoire face à la Croatie (4-2). Pour s’associer à l’effervescence populaire avant le défilé triomphal de l’équipe sur la plus célèbre avenue du monde, la RATP a fait preuve d’une belle dose d’humour et d’opportunisme en rebaptisant temporairement six stations de son réseau souterrain.
Six stations de métro aux couleurs de la victoire
Les usagers du métro parisien ont ainsi eu la surprise de voir les plaques émaillées et les panneaux directionnels transformés par des jeux de mots bien sentis. L’hommage le plus appuyé s’adressait évidemment au chef d’orchestre de cette épopée, Didier Deschamps, premier Français à soulever le trophée comme capitaine (en 1998) puis comme sélectionneur.
- Deschamps Élysées – Clémenceau (en lieu et place de Champs-Élysées – Clemenceau, sur les lignes 1 et 13) : un clin d’œil direct au sélectionneur à quelques mètres de la parade de ses joueurs ;
- Notre Didier Deschamps (Notre-Dame des Champs, ligne 12) : une seconde dédicace insolite érigeant presque le patron des Bleus au rang d’icône spirituelle ;
- Victor Hugo Lloris (Victor Hugo, ligne 2) : un hommage au gardien et capitaine, auteur d’arrêts déterminants tout au long de la compétition ;
- On a 2 Étoiles (Charles de Gaulle – Étoile, lignes 1, 2 et 6) : un rappel sans équivoque de la deuxième étoile désormais brodée sur le maillot tricolore ;
- Bercy les Bleus (Bercy, lignes 6 et 14) : un salut phonétique et reconnaissant adressé à la formation tricolore ;
- Nous Avron Gagné (Avron, ligne 2) : un calembour simple et efficace pour exprimer la liesse générale.
Une campagne éphémère qui a marqué les esprits
Cette initiative, rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, a poussé de nombreux Parisiens et touristes à faire des détours inattendus dans les couloirs du métro pour photographier ces plaques inédites. Les voyageurs y ont vu un pont réjouissant entre le quotidien des transports en commun et la ferveur qui unissait le pays depuis plusieurs semaines.
Le parcours des Tricolores n’avait pourtant pas débuté sur les chapeaux de roue. Dès le premier tour, alors que la France bat l’Australie 2-1 au terme d’une confrontation laborieuse, peu d’observateurs prédisaient une telle apothéose. Mais la montée en puissance de l’effectif s’est accélérée, portée par une victoire spectaculaire des Bleus face à l’Argentine en huitièmes de finale, match charnière où le monde découvrit la frappe d’anthologie de Benjamin Pavard, d’ailleurs désignée lauréate du plus beau but Fifa du tournoi.
L’art du clin d’œil souterrain
Ce n’était pas la première fois que la régie parisienne s’adonnait à ce genre de détournement linguistique. La RATP a souvent profité du 1er avril ou de grandes dates culturelles pour transformer ses stations en terrains de jeu créatifs. Cependant, en s’invitant dans la fête nationale spontanée de juillet 2018, l’opération a pris une résonance singulière. Elle illustre comment le mobilier urbain et les rituels du transport quotidien peuvent, le temps d’un après-midi d’été, se muer en symboles partagés de joie collective.




