Une d'un journal sportif posée sur une table évoquant les transferts de football

Quand AS envoyait Cristiano Ronaldo au Paris Saint-Germain : anatomie d’un emballement médiatique

Le football moderne possède cet art consommé de basculer instantanément de l’émotion sportive pure à la frénésie du marché des transferts. Le 26 mai 2018, quelques minutes seulement après avoir soulevé sa cinquième Ligue des champions à Kiev face à Liverpool, Cristiano Ronaldo lâchait une petite phrase au micro de la télévision espagnole : « Cela a été très agréable de jouer au Real Madrid. » L’emploi du passé simple fit l’effet d’une déflagration. Moins d’une semaine plus tard, le quotidien sportif madrilène AS en faisait ses choux gras en barrant sa première page d’une annonce retentissante : le Paris Saint-Germain préparait une offensive colossale pour s’attacher les services du quintuple Ballon d’or.

Une équation financière sous haute surveillance

D’après les indiscrétions publiées alors par le média ibérique, l’état-major parisien se disait prêt à proposer un salaire mirobolant de 45 millions d’euros nets par saison à l’attaquant portugais, le hissant au sommet de la hiérarchie salariale planétaire. Côté indemnité, une enveloppe maximale de 150 millions d’euros était évoquée pour convaincre Florentino Pérez de libérer sa légende vivante.

Néanmoins, la réalité économique imposait déjà de sérieuses limites à ce scénario hollywoodien. Placé sous la loupe attentive de l’UEFA au titre du fair-play financier — particulièrement après les arrivées historiques de l’été précédent —, le club de la capitale française ne pouvait agir sans dégraisser massivement son effectif. Pour financer une telle opération et rééquilibrer ses comptes, Paris devait espérer récupérer d’importantes liquidités via la vente de plusieurs cadres, parmi lesquels Ángel Di María, Edinson Cavani ou encore Gonçalo Guedes, alors très courtisé par le Valence CF.

L’ombre de Neymar et le fantasme d’un troc historique

L’autre versant de cette rumeur reposait sur le désir jamais démenti de la Maison Blanche d’attirer dans ses filets la superstar brésilienne de Paris. Alors que Neymar remporte le Samba d’or en 2017 et s’affirme comme le joueur le plus cher de l’histoire, la presse madrilène n’hésitait pas à envisager un troc dantesque entre les deux géants. Ce genre d’échange direct entre superstars mondiales relève presque systématiquement de la spéculation journalistique, tant la complexité contractuelle, les droits d’image et les valorisations fiscales rendent de telles transactions impraticables dans le monde réel.

Le dénouement turinois et la parenthèse du Mondial

L’histoire s’est finalement écrite loin des pelouses de Ligue 1. Si Cristiano Ronaldo a bel et bien quitté la capitale espagnole lors de cet été 2018, c’est la Juventus de Turin qui a raflé la mise pour un montant avoisinant les 100 millions d’euros, ouvrant un nouveau chapitre en Serie A pour la star portugaise. Le PSG, quant à lui, a préféré consolider son projet autour de son duo phare Neymar-Mbappé.

Dans les semaines qui suivirent ces spéculations, l’attention de la planète football s’est rapidement déplacée vers la Russie. Les supporters ont rapidement oublié les querelles contractuelles dès les premières rencontres de poule, à l’image du parcours tricolore inauguré lors du match où, aidée par la vidéo, la France bat l’Australie 2-1 avant de décrocher sa deuxième étoile. Reste de cette une d’AS le témoignage fascinant d’une époque où chaque murmure d’un grand joueur suffit à enflammer l’Europe du football, entre calculs financiers rigoureux et fantasmes de supporters.

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