La halle de Moncrabeau baignée de soleil dans le Lot-et-Garonne

Moncrabeau et son festival des menteurs : quand la tradition gasconne suspend ses fables

Dans le pays d’Albret, au sud du Lot-et-Garonne, la vérité est une notion toute relative, du moins le premier dimanche d’août. C’est en effet au cœur du village perché de Moncrabeau que s’illustrent depuis plusieurs décennies les beaux parleurs, bonimenteurs et fabulateurs de tous horizons lors du pittoresque festival des menteurs. Pourtant, l’Académie locale a dû résoudre un dilemme sans équivoque : renoncer temporairement aux joutes oratoires sous la halle en raison des contraintes sanitaires et logistiques liées à la gestion des rassemblements populaires.

L’art noble de la menterie gasconne

Loin de toute tromperie malveillante, la menterie telle qu’on la pratique à Moncrabeau relève de la haute voltige rhétorique et de la littérature orale. Fondée selon la mémoire locale sur une coutume séculaire formalisée au XVIIIe siècle, puis remise au goût du jour dans les années 1970, l’Académie des menteurs invite chaque prétendant à s’asseoir sur un siège magistral pour déclamer un récit totalement inventé. La règle d’or ? Soutenir avec un aplomb imperturbable des aberrations savoureuses sans jamais esquisser le moindre sourire.

Le public, réuni sous la halle couverte du village, pèse chaque mot avant que les jurés ne remettent au vainqueur le fameux sel d’argent, symbole d’esprit et de faconde. Cette célébration de l’imaginaire populaire s’accompagne habituellement de défilés costumés, de danses folkloriques et d’agapes du terroir où l’armagnac coule avec modération mais bonhomie.

Le casse-tête des festivités locales face aux normes

Pour un village de moins de huit cents habitants, accueillir une affluence dense pose des défis d’organisation considérables. Tout comme les grands événements estivaux doivent composer avec des protocoles stricts — à l’instar des Vieilles Charrues, un géant aux pieds d’argile souvent confronté aux impératifs de son gigantisme, ou encore des Fêtes de Bayonne organisées sous haute sécurité —, les manifestations associatives rurales manquent souvent de moyens pour encadrer des flux serrés dans des espaces restreints.

L’équipe d’organisation a donc fait le choix de la prudence. En renonçant à réunir plusieurs centaines de curieux au coude-à-coude pour applaudir les boniments, les organisateurs ont permis à Dominique Liégeois, candidat belge sacré lors de l’édition précédente, de prolonger son règne insolite bien au-delà de la durée habituelle d’un mandat.

Un parcours d’esprit à sillonner toute l’année

Si la scène éphémère du concours est parfois silencieuse, l’âme rieuse de Moncrabeau ne s’éteint jamais. Le village a eu la bonne idée d’immortaliser son amour de l’absurde à travers un circuit permanent aménagé dans ses ruelles de pierre. Les promeneurs peuvent ainsi déambuler en toute autonomie à la découverte de curiosités drolatiques :

  • Un hommage malicieux aux cocus inconnus au détour d’un croisement escarpé ;
  • Des anachronismes hilarants gravés sur ardoise, réinventant l’histoire royale de France à la sauce locale ;
  • L’exposition trompe-l’œil d’artefacts improbables rappelant les facéties de figures historiques régionales comme Henri IV.

Ponctuée d’étapes adaptées aux enfants grâce à des saynètes illustrées, cette promenade offre une immersion réjouissante dans l’humour gascon. Elle rappelle avec élégance que si les manifestations peuvent connaître des parenthèses obligées, le patrimoine immatériel et la verve poétique d’un territoire demeurent toujours accessibles aux voyageurs curieux.

À lire aussi