Le stade olympique de Berlin porte en lui la mémoire des plus grands exploits sportifs mondiaux. C’est dans cette arène mythique, sous la douce chaleur d’un soir d’août, que Mahiedine Mekhissi a écrit l’une des pages les plus impressionnantes de l’athlétisme contemporain. En franchissant la ligne d’arrivée du 3000 mètres steeple en solitaire, le demi-fondeur rémois n’a pas seulement ajouté une breloque dorée à sa collection : il a conquis sa cinquième couronne continentale, devenant le sportif français le plus récompensé de l’histoire des Championnats d’Europe d’athlétisme.
Une course maîtrisée face à une concurrence acérée
Sur la piste bleue berlinoise, la tension était palpable dès les premiers mètres. Mekhissi, fort de son statut de grandissime favori, savait qu’aucun de ses rivaux n’allait lui faciliter la tâche. Dans une discipline aussi exigeante et accidentée que le steeple, où chaque barrière et chaque passage de rivière représentent un piège potentiel, l’expérience tactique prévaut souvent sur la seule pointe de vitesse.
Le Français a su faire preuve d’un sang-froid olympien. Reste calé au cœur du peloton pendant la première moitié de l’épreuve, observant patiemment les velléités de ses adversaires, il a placé une accélération progressive mais dévastatrice à l’approche de la cloche. À l’amorce du dernier virage, son accélération caractéristique a laissé ses poursuivants sans réponse. Malgré la déception de son compatriote Yoann Kowal, resté au pied de la boîte à la quatrième place, Mekhissi a prouvé une fois encore qu’il régnait sans partage sur sa distance de prédilection au niveau européen.
« La plus dure des cinq » : l’aveu d’un champion lucide
Une fois la ligne franchie, pas de célébration tapageuse, mais un soulagement immense teinté d’une fatigue évidente. En zone mixte, l’athlète a confié sans détour que cette médaille d’or avait été la plus laborieuse à conquérir de toute sa carrière internationale. Porter l’étiquette de numéro un impose une pression psychologique constante : être celui que tout le peloton cherche à faire tomber use les corps comme les esprits.
Quand on est tête d’affiche et qu’on est attendu partout, personne ne vous laisse courir tranquillement. Il faut aller chercher chaque centimètre avec les tripes, et celle-ci m’a demandé une énergie folle.
À 33 ans, le Rémois a reconnu avoir grandement besoin de souffler. Sa longévité au plus haut niveau force le respect : révélé au grand public lors des Jeux olympiques de Pékin en 2008 avec une médaille d’argent retentissante, il a su traverser une décennie complète sans jamais quitter l’élite mondiale. Ses déboires passés, à l’image de sa disqualification mémorable à Zurich en 2014 pour avoir retiré son maillot avant la ligne, semblent bien dérisoires face à la constance de son palmarès.
Un été doré pour les couleurs françaises
En décrochant ce cinquième sacre, Mahiedine Mekhissi a dépassé le sprinteur Christophe Lemaitre au palmarès français et a rejoint un cercle très fermé de légendes européennes aux côtés de Harald Schmid, Roger Black et Mo Farah. Cette performance s’inscrit dans une période particulièrement faste pour nos sportifs, qui réjouit tous les passionnés réunis sur notre rubrique La Blogosphère – Sports.
Cet exploit athlétique fait en effet écho à un été 2018 exceptionnel, marqué notamment par l’épopée des Bleus en Russie, où la France est devenue championne du monde de football, mais aussi par les prouesses réalisées sur les pistes d’escrime, à l’image du titre conquis quand les sabreuses françaises ont été sacrées championnes du monde. Mekhissi a apporté sa pierre à cet édifice victorieux, rappelant avec panache que le demi-fond tricolore demeure l’un des plus redoutables du continent.




