C’est au lever du jour, le lundi 14 mai 2018, qu’un chapitre mouvementé de l’histoire récente de l’enseignement supérieur breton s’est refermé. Le campus de Villejean, cœur battant de l’université Rennes 2, a vu intervenir d’importantes forces de police pour mettre un terme à plus de quatre semaines d’interruption complète des cours. Alors que les barricades de chaises et de tables s’étaient enracinées au sein des bâtiments, l’intervention demandée par la présidence s’est conclue au petit matin sans affrontement physique majeur.
Une intervention nocturne pour rétablir l’activité
L’opération s’est amorcée aux alentours de 4 h 30. Plusieurs compagnies de CRS ont pénétré dans l’enceinte universitaire pour faire sortir la poignée d’occupants encore présents sur les lieux. Si le président de l’établissement, Olivier David, a salué une intervention méthodique et pacifique destinée à redonner aux 25 000 étudiants et aux 1 600 personnels l’accès à leurs infrastructures, la mesure a provoqué une vive indignation du côté syndical. L’UNEF a notamment dénoncé le recours à la force publique contre des lieux d’études, fustigeant une rupture du dialogue de la part de la direction.
Cette évacuation marque le terme d’un dialogue devenu stérile au fil des semaines. Mi-avril, une assemblée générale avait rassemblé près de 5 000 personnes dans une ambiance survoltée, votant massivement la reconduction du blocage. Face à l’impossibilité d’organiser un scrutin électronique ou de trouver un compromis avec les comités d’action, les instances dirigeantes ont considéré que le calendrier ne laissait plus d’autre issue.
La fronde contre la loi ORE et le système Parcoursup
L’embrasement de Rennes 2 ne constituait pas un phénomène isolé, mais le fer de lance d’une révolte estudiantine d’ampleur nationale. Au centre des revendications figurait le rejet de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (dite « loi ORE »), accusée d’instaurer une sélection déguisée à l’entrée de l’université publique par le biais de la nouvelle plateforme Parcoursup. Ce bastion breton des sciences humaines et sociales, réputé pour sa tradition contestataire, s’inscrivait dans un mouvement global qui touchait également d’autres sites universitaires majeurs.
En région parisienne, des tensions comparables avaient éclaté : des étudiants de Nanterre privés d’examen sous la pression des bloqueurs illustraient déjà la complexité de maintenir les évaluations dans un climat de défiance généralisée. Cette vague contestataire s’amalgamait en outre à un mécontentement social plus large contre les réformes institutionnelles, matérialisé au même moment dans les rues de la capitale lors d’événements comme la Fête à Macron marquée par des dégradations à Bastille.
L’urgence pédagogique : sauver les examens de fin d’année
Pour la direction de Rennes 2, la priorité absolue était d’éviter l’annulation pure et simple du semestre universitaire. Les partiels de fin d’année, initialement programmés à partir de la mi-mai, étaient directement menacés par l’occupation prolongée. L’évacuation a donc permis d’entamer une course contre la montre :
- Évaluer les dégâts matériels, effacer les graffitis et sécuriser les locaux pédagogiques.
- Réaménager le calendrier des examens afin de garantir la valeur des diplômes délivrés.
- Déployer des modalités alternatives de contrôle des connaissances, notamment à distance ou sous forme de devoirs maison.
- Permettre aux personnels administratifs de traiter les dossiers de réorientation et de diplomation.
Bien que l’accès aux salles de cours ait été rétabli, l’intervention policière a laissé une empreinte durable sur la communauté universitaire. Elle a mis en lumière la fracture grandissante entre les impératifs administratifs imposés par les réformes de l’État et une jeunesse attachée au principe d’un accès universel et sans sélection aux bancs des facultés.




