Sur la terre battue en altitude de la Caja Mágica, la puissance et le sang-froid ont trouvé leur maître en ce mois de mai 2018. Alexander Zverev s’est adjugé le tournoi de Madrid en disposant avec autorité de Dominic Thiem (6-4, 6-4) au terme d’une finale maîtrisée d’un bout à l’autre en un peu moins d’une heure et vingt minutes. Ce triomphe, acquis sans concéder la moindre balle de break de tout le match, vient consacrer l’insolente maturité d’un athlète de 21 ans désormais assis confortablement au troisième rang de la hiérarchie planétaire.
Une partition clinique orchestrée dès les premiers échanges
Face à un adversaire réputé pour sa férocité en fond de court et sa capacité à faire gicler la balle sur l’ocre, Alexander Zverev a appliqué une stratégie limpide : étouffer Thiem d’entrée de jeu pour ne jamais lui laisser installer son rythme lourd. Dans chacune des deux manches, le scénario s’est répété avec une précision d’horloger. L’Autrichien, encore en phase de réglage, s’est fait surprendre sur sa mise en jeu inaugurale. Dès lors, le géant allemand n’a plus relâché son étreinte.
Servant avec une régularité désarmante, Zverev a neutralisé l’une des armes majeures de Thiem : la relance agressive. Lorsque le septième joueur mondial a esquissé une révolte en fin de premier set en se hissant à 0-30 sur le service adverse, le cadet des frères Zverev a simplement claqué quatre premières balles fulgurantes pour éteindre l’incendie. Derrière cette première frappe percutante, son revers à deux mains, d’une rectitude chirurgicale, a constamment repoussé l’Autrichien loin derrière sa ligne de fond.
L’exploit sans lendemain de Dominic Thiem
Cette finale représentait pourtant une occasion en or pour Dominic Thiem. Deux jours plus tôt, le joueur de Wiener Neustadt avait signé la sensation du tournoi : Nadal, éliminé par Thiem en quarts à Madrid, perd la place de N.1 au profit de Roger Federer, ce qui semblait ouvrir en grand les portes du titre à l’Autrichien. Finaliste malheureux face au Majorquin douze mois plus tôt, Thiem abordait l’ultime marche avec l’étiquette légitime du terrien le plus dangereux du plateau.
Cependant, l’énergie colossale dépensée pour terrasser le maître absolu des lieux a sans doute pesé lourd dans les jambes et l’esprit du jeune homme de 24 ans. Plus lent dans ses reprises d’appuis, coupable de fautes directes inhabituelles, Thiem a semblé prisonnier d’un déficit de tonus face à un Zverev qui avait déjà montré un niveau éblouissant lorsque Zverev rejoint Shapovalov en demi-finale pour ensuite écarter le Canadien avec la même sobriété. Parallèlement aux prouesses des messieurs, le tableau féminin de cette même édition madrilène avait offert de splendides batailles, illustrées par le parcours remarquable où Kvitova écarte Pliskova et rejoint Bertens en finale pour soulever le trophée espagnol.
Une domination statistique rarissime sur terre battue
Le couronnement madrilène de Zverev restera dans les annales pour sa propreté statistique. Gagner un tournoi sur terre battue sans céder la moindre manche relève de l’excellence ; remporter l’épreuve sans jamais concéder son engagement frise l’irréel sur une surface où le retourneur dispose traditionnellement de temps pour riposter. Les conditions particulières de la capitale espagnole, nichée à plus de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, confèrent certes à la balle une vitesse supérieure à celle des courts de Monte-Carlo ou de Rome. Néanmoins, transformer ces caractéristiques en une telle forteresse imprenable prouve les pas de géant accomplis par l’Allemand dans la gestion de ses jeux de service.
« Remporter mon troisième Masters 1000 à mon âge est un privilège immense. J’ai énormément travaillé la vitesse et les zones de ma première balle, et voir ces efforts récompensés face à un tel relanceur me donne une confiance inébranlable. »
L’épreuve du feu en Grand Chelem se profile
Après Rome et Montréal la saison passée, Alexander Zverev empoche déjà son troisième tournoi de cette catégorie, devenant le cinquième joueur en activité à atteindre ce total derrière les membres historiques du « Big Four ». Pourtant, cette insolente régularité au meilleur des trois sets met en relief une anomalie paradoxale : son incapacité persistante à briller sur le format long des Grands Chelems, où il n’a encore jamais franchi le cap des huitièmes de finale.
À quelques semaines de Roland-Garros, Zverev s’affirme comme le rival le plus crédible face à la suprématie de Rafael Nadal. Bien qu’il se refuse à endosser le statut de grand favori parisien, préférant laisser cette casquette au décuple vainqueur de la Coupe des Mousquetaires, le jeune Allemand sait qu’il n’a plus le droit de se cacher. S’il transpose à Paris l’autorité technique, la rigueur tactique et l’économie d’énergie démontrées sur les courts de la Manzanares, le prétendant pourrait très vite se muer en héritier légitime.




