L’été 2018 restera sans doute gravé comme l’une des périodes les plus enivrantes du sport tricolore. Quarante-huit heures à peine après l’allégresse populaire qui a vu la France championne du monde 2018 en Russie, le peloton du Tour de France abordait son premier véritable test en haute montagne. Entre le lac d’Annecy et la station du Grand-Bornand, cette dixième étape promettait une redistribution des cartes sur un tracé exigeant de 158,5 kilomètres. Elle aura finalement servi d’écrin au talent éclatant d’un jeune puncheur de 26 ans : Julian Alaphilippe.
L’offensive des cimes et la bravoure en jaune
Dès les premiers kilomètres suivant la journée de repos, la course s’est emballée à vive allure. Une échappée fleuve de vingt-et-un coureurs s’est rapidement dessinée sous un ciel radieux, comprenant des grimpeurs aguerris mais aussi un invité d’honneur inattendu : Greg Van Avermaet. Le solide coureur belge, vêtu du maillot jaune conquis lors du contre-la-montre par équipes de Cholet, refusait d’abdiquer sans combattre sur ce terrain escarpé. Faisant preuve d’un courage remarquable, le leader de la formation BMC s’est glissé à l’avant pour consolider son bien, bravant la poussière inédite du plateau des Glières et ses pourcentages redoutables.
Tandis que le peloton des favoris choisissait une relative neutralisation, observant une trêve prudente avant les explications programmées vers La Rosière et l’Alpe d’Huez, la victoire d’étape allait se jouer entre les rescapés du groupe de tête. À l’avant, l’Estonien Rein Taaramäe a d’abord tenté sa chance en solitaire, mais l’accélération tranchante d’Alaphilippe dans le redoutable col de Romme a fait voler en éclats les dernières illusions de ses compagnons d’échappée.
Un festival en solitaire sur la Colombière
Porté par une aisance saisissante, le sociétaire de l’équipe Quick-Step Floors a avalé les pourcentages de Romme avant de fondre sur le col de la Colombière. Le regard déterminé, l’allure vive et nerveuse qui caractérise son coup de pédale, le natif de Saint-Amand-Montrond a basculé au sommet avec plus d’une minute et demie d’avance sur l’Espagnol Ion Izagirre. Dans la descente technique plongeant vers Le Grand-Bornand, Julian Alaphilippe a déployé tout son savoir-faire d’équilibriste pour sécuriser son avance, sans jamais céder à la panique.
« C’est une émotion indescriptible. Gagner sur le Tour, c’est l’accomplissement d’un rêve d’enfant, surtout après tant de travail et de doutes. »
En franchissant la ligne d’arrivée les bras levés et les larmes aux yeux, Alaphilippe ne signait pas seulement le premier succès français de cette édition 2018. Il endossait également le maillot à pois de meilleur grimpeur, entamant une longue idylle avec cette tunique distinctive qu’il allait ramener triomphalement jusqu’aux Champs-Élysées quelques semaines plus tard.
L’émergence d’une icône populaire
Déjà vainqueur de la Flèche Wallonne au printemps, le champion français franchissait ce jour-là un palier psychologique capital. Au-delà de la performance athlétique pure, sa façon d’animer la course, sa générosité dans l’effort et sa spontanéité devant les caméras ont conquis le cœur du public. Cette victoire a insufflé une énergie nouvelle aux actualités sportives estivales, démontrant que l’audace individuelle pouvait encore triompher de la froideur tactique des grandes armadas du peloton.
Si cette journée alpestre a permis à Greg Van Avermaet de sauver héroïquement son maillot jaune pour vingt-quatre heures supplémentaires, la hiérarchie du classement général allait rapidement basculer. Quelques étapes plus loin, le Britannique Geraint Thomas touchait au but pour s’adjuger la victoire finale. Mais ce 17 juillet 2018 restera comme la date fondatrice de l’ère Alaphilippe sur les routes de juillet : celle où un puncheur au tempérament flamboyant s’est mué en véritable héros du patrimoine cycliste national.




