Dans le calendrier des amoureux de sport, les années paires possèdent une résonance toute particulière. Elles portent en elles la promesse d’une ferveur décuplée, rythmée par l’alternance des grands rassemblements planétaires. Mais l’année 2018 s’annonce encore plus dense qu’à l’accoutumée. Loin de se limiter au face-à-face attendu entre la grand-messe de la neige et le tournoi roi du ballon rond, les douze prochains mois s’apparentent à une véritable odyssée athlétique, traversant les disciplines, les continents et les fuseaux horaires.
De la ferveur glacée des montagnes coréennes à la chaleur des pelouses russes, en passant par les fairways franciliens et les routes de l’Hexagone, les athlètes internationaux s’apprêtent à livrer des batailles mémorables. Pour ne rien manquer de cette fresque haletante, voici un tour d’horizon approfondi des temps forts qui vont faire vibrer les tribunes et captiver les spectateurs du monde entier.
L’hiver en majesté : les Jeux Olympiques de Pyeongchang (9-25 février)
Le premier sommet de l’année s’ouvre au cœur de la province de Gangwon, en Corée du Sud. Quatre ans après les joutes controversées de Sotchi, la famille olympique pose ses valises à Pyeongchang dans un contexte géopolitique sous haute tension. Entre les sanctions massives frappant l’État russe pour dopage institutionnalisé – contraignant ses représentants intègres à concourir sous bannière neutre – et les pourparlers diplomatiques inattendus avec le régime nord-coréen pour constituer une équipe commune en hockey féminin, la dimension symbolique de ces Jeux dépasse largement le cadre des pistes.
Sur le plan purement sportif, la délégation tricolore aborde cette échéance avec de solides arguments. Menée par le biathlète Martin Fourcade, en quête de nouveaux titres pour asseoir définitivement son statut de légende, la France espère franchir le cap des quinze médailles glanées en 2014. En ski alpin, Alexis Pinturault et Tessa Worley porteront les plus grands espoirs en slalom géant, tandis que le duo Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron s’avance en immense favori pour l’or en danse sur glace. La confrontation avec les maîtres scandinaves du ski de fond et les puissances nord-américaines s’annonce homérique.
Le ballon rond à l’heure russe : la Coupe du Monde de la FIFA (14 juin – 15 juillet)
Tous les quatre ans, la planète retient son souffle, suspendue aux trajectoires d’un ballon de cuir. Durant un mois complet, la Russie accueille la vingt-et-unième édition de la Coupe du Monde, déployée sur onze villes et douze stades flambant neufs ou rénovés à grands frais. Si l’Allemagne, tenante du titre, et le Brésil de Neymar font figure d’épouvantails désignés, l’équipe de France de Didier Deschamps suscite une curiosité enthousiaste. Dotée d’une génération dorée symbolisée par Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Paul Pogba, la sélection tricolore rêve d’imiter la bande de 1998, vingt ans exactement après le premier sacre national.
Ce tournoi s’annonce tactique, ouvert et impitoyable pour les favoris endormis. Pour les supporters français qui espèrent voir la France remporter la Coupe du Monde 2018, le parcours sera semé d’embûches dès les phases à élimination directe, face à des nations sud-américaines rugueuses et des blocs européens ultra-organisés. Les nuits blanches, les débats passionnés sur le système de jeu et les scènes de liesse populaire s’inviteront inévitablement dans le quotidien estival.
Le Tournoi des Six Nations : la reconstruction du XV de France (3 février – 17 mars)
Pour le rugby hexagonal, l’hiver 2018 marque le début d’une opération rachat urgente. Après une année 2017 cataclysmique marquée par le limogeage inédit de Guy Novès, c’est l’expérimenté technicien gersois qui prend les rênes de la sélection. Alors que le XV de France mené par Brunel livre ses ambitions pour le prochain Tournoi des VI Nations, la tâche s’annonce herculéenne face à une Angleterre dominatrice et une Irlande au sommet de son art collectif.
Avec trois réceptions au Stade de France (Irlande, Italie, Angleterre) et deux déplacements périlleux à Murrayfield et Cardiff, les Bleus devront retrouver les vertus cardinales du combat, de la rigueur défensive et de la cohésion. Loin des chimères de Grand Chelem, l’enjeu consistera d’abord à restaurer la fierté du maillot tricolore et à poser des fondations solides en vue des prochaines échéances mondiales.
L’asphalte et le bitume : Formule 1 et Grande Boucle
L’été marquera également le réveil de deux traditions solidement ancrées dans le patrimoine mécanique et cycliste de la France.
Le Grand Prix de France de Formule 1 (24 juin)
Dix années d’absence s’effacent d’un coup. Le circuit Paul Ricard du Castellet, perché sur le plateau varois, retrouve les monoplaces de la catégorie reine pour la première fois depuis 1990. Entre le tracé technique de la ligne droite du Mistral et les nouvelles réglementations aérodynamiques, cette manche française réjouira les passionnés qui désespéraient de revoir les meilleurs pilotes du monde s’affronter sur le sol national. Même si l’écurie Mercedes et Ferrari semblent promises aux lauriers, la présence de pilotes tricolores sur la grille donnera une saveur toute particulière à l’événement.
La 105e édition du Tour de France (7 – 29 juillet)
Partant de Vendée, la Grande Boucle 2018 promet d’être l’une des plus spectaculaires de la décennie. Les organisateurs ont concocté un parcours atypique, semé de pièges : vingt-deux kilomètres de secteurs pavés vers Roubaix, un passage inédit sur le plateau des Glières avec ses chemins non goudronnés, et une étape de montagne ultra-courte de 65 kilomètres dans les Pyrénées avec un départ en grille façon sports mécaniques. Romain Bardet tentera de détrôner Chris Froome, dont l’autorisation de courir reste suspendue aux procédures antidopage en cours, tandis que Vincenzo Nibali et Tom Dumoulin joueront crânement leur chance sur tous les terrains.
La grande fête continentale : Berlin et Glasgow (Août 2018)
Nouveauté institutionnelle majeure, les Championnats sportifs européens regroupent pour la première fois plusieurs disciplines reines dans un format coordonné entre deux métropoles emblématiques :
- Athlétisme à Berlin (7-12 août) : Le mythique Stade olympique de Berlin verra défiler l’élite continentale. Les regards français seront braqués sur Kevin Mayer au décathlon, Pierre-Ambroise Bosse sur le double tour de piste et Renaud Lavillenie au saut à la perche, tous en quête de suprématie européenne après les fastes mondiaux de l’année précédente.
- Natation à Glasgow (3-9 août) : Dans le bassin du Tollcross International Swimming Centre, la natation française poursuit sa mue générationnelle. Portés par Charlotte Bonnet sur les épreuves de crawl et Mehdy Metella en sprint, les nageurs tricolores tenteront de prouver leur capacité à rebondir sur la scène internationale.
Le golf et la balle orange : des sommets à forte charge émotionnelle
Le mois de septembre réserve deux confrontations d’une rare intensité tactique et nerveuse.
« La Ryder Cup ne ressemble à rien d’autre dans l’univers du golf : l’individualisme s’y efface devant la ferveur collective d’un continent tout entier. »
Du 28 au 30 septembre, le Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines accueille la 42e édition de la Ryder Cup. Jamais cet événement planétaire n’avait posé ses valises en France. Douze des meilleurs joueurs européens, guidés par le capitaine Thomas Bjørn, défieront l’armada américaine emmenée par Jim Furyk sur le redoutable parcours de l’Albatros. Ce tournoi servira également de répétition générale pour les infrastructures franciliennes avant l’accueil des Jeux olympiques de 2024.
Dans le même temps, les Îles Canaries abriteront la Coupe du Monde de basket féminin (22-30 septembre). Triple vice-championne d’Europe, l’équipe de France dirigée par Valérie Garnier entame un nouveau chapitre après le départ de ses figures tutélaires. Face à la toute-puissance de la sélection américaine, les tricolores devront miser sur leur engagement collectif et l’éclosion de jeunes talents pour viser le dernier carré mondial.
Handball : les deux couronnes dans le viseur
Discipline d’excellence du sport tricolore, le handball bénéficie d’une popularité exceptionnelle en France. On se souvient d’ailleurs que la meilleure audience sportive en 2017 s’est portée sur le handball lors du sacre mondial des hommes à Paris. L’année 2018 offre une double occasion de briller :
- L’Euro masculin en Croatie (janvier) : Les Experts, désormais guidés par Didier Dinart et Guillaume Gille, abordent le tournoi continental avec l’ambition de récupérer un titre qui leur échappe depuis 2014. Dans des salles hostiles et face à des rivaux norvégiens ou danois redoutables, la transition générationnelle devra faire ses preuves.
- L’Euro féminin en France (décembre) : Un an après avoir conquis l’or mondial en Allemagne, les joueuses d’Olivier Krumbholz auront le privilège d’évoluer devant leur public, de Brest à Nancy en passant par Nantes et l’AccorHotels Arena de Bercy. Décrocher un premier titre continental à domicile constituerait l’apothéose d’une génération exceptionnelle.
Avec une telle abondance de confrontations au plus haut niveau, l’année 2018 ne laissera aucun répit aux passionnés. Bien au-delà des résultats bruts, ces douze mois offriront un concentré de récits humains, de dépassement de soi et de communions populaires, rappelant la formidable capacité du sport à rassembler les regards et à susciter l’émerveillement.




