Table de travail clandestine d'époque avec documents et machine à écrire évoquant la Résistance française

Journée nationale de la Résistance : la flamme de l’engagement et l’héritage du CNR

Chaque année le 27 mai, la France célèbre la Journée nationale de la Résistance. Instaurée officiellement par le Parlement en 2014, cette date commémorative ne doit rien au hasard du calendrier. Elle rappelle un acte de bravoure politique et logistique exceptionnel survenu au printemps 1943, lorsque des femmes et des hommes d’horizons idéologiques divergents ont choisi d’unir leurs forces pour libérer le territoire et refonder le pacte républicain.

Le rendez-vous secret du 48, rue du Four

Au printemps 1943, la France occupée subit le joug nazi et la collaboration d’État du régime de Vichy. La répression s’intensifie, mais dans l’ombre, les maquis et les réseaux clandestins se multiplient. Toutefois, cette nébuleuse courageuse manque encore d’une direction commune. C’est à Jean Moulin, préfet révoqué par le maréchal Pétain et délégué personnel du général de Gaulle, que revient la mission périlleuse de fédérer ces volontés éparses.

Le 27 mai 1943, au premier étage d’un immeuble situé au 48 de la rue du Four, dans le sixième arrondissement de Paris, dix-sept hommes se rassemblent sous un faux prétexte au nez et à la barbe de la Gestapo. Autour de Jean Moulin siègent les délégués des huit grands mouvements de résistance intérieure (dont Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur), les représentants des deux confédérations syndicales clandestines (CGT et CFTC) et ceux de six grandes familles politiques allant de la droite républicaine aux communistes. Ce jour-là naît le Conseil national de la Résistance (CNR).

Le programme des « Jours Heureux » : bâtir l’avenir

L’acte fondateur du CNR ne s’est pas limité à coordonner les sabotages et les transmissions de renseignements militaires. Sous la présidence de Jean Moulin, puis de Georges Bidault après l’arrestation tragique de Moulin à Caluire en juin 1943, le conseil a rédigé un plan de reconstruction politique, économique et morale pour l’après-guerre : le fameux programme intitulé Les Jours Heureux, adopté en mars 1944.

Ce texte d’une modernité éclatante a posé les jalons de la France contemporaine. C’est de cette vision concertée que sont issues des réformes fondamentales :

  • La création de la Sécurité sociale, garantissant à chacun une protection contre la maladie, la vieillesse et les aléas de l’existence.
  • La nationalisation des grands leviers industriels et énergétiques (charbonnages, gaz, électricité) et des grandes banques de dépôt.
  • La liberté retrouvée de la presse, arrachée aux puissances d’argent.
  • L’octroi du droit de vote aux femmes, concrétisé par l’ordonnance du 21 avril 1944, reconnaissant enfin l’engagement héroïque des combattantes de l’ombre souvent évoqué lors de la Journée internationale des femmes.

Une source d’inspiration républicaine toujours vivante

L’héritage de ces combattants dépasse les frontières de l’Hexagone. Cette quête d’un ordre international fondé sur la justice et le respect des libertés fondamentales a irrigué les grands chantiers juridiques européens d’après-guerre, tout comme la signature de la Convention européenne des droits de l’homme quelques années plus tard.

Se remémorer le 27 mai 1943, ce n’est donc pas seulement entretenir une mémoire pieuse du passé. C’est se rappeler que face au délitement des principes démocratiques, des personnalités que tout séparait ont su faire primer le bien commun et la solidarité nationale. Cette leçon de courage moral et de responsabilité collective résonne aujourd’hui avec une intensité intacte, nous rappelant que les droits démocratiques et sociaux constituent un trésor fragile qu’il convient de défendre au quotidien.

À lire aussi